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Les activités sociales et culturelles du Comité d’entreprise à un carrefour de leur existence : entre revenu complémentaire et outil d’éducation populaire.

Dans le cadre des réflexions que sera amené à développer le Cercle Maurice Cohen, il ne paraît pas possible de se centrer sur les seules prérogatives économiques et sociales des Comités en délaissant le second volet que constituent les activités sociales et culturelles. Le texte proposé vise à lancer le débat et les travaux dans ce champ spécifique ; il n’est donc qu’introductif, porte des orientations mais laisse davantage de questions ouvertes qu’il n’apporte de réponses.

Une longue histoire qu’il est nécessaire de rappeler.

L’attribution de la gestion des activités sociales et culturelles aux Comités d’entreprise en 1945 n’est pas une décision sortie ex nihilo de l’esprit du législateur. Elle s’inscrit aussi bien dans une histoire antérieure que dans une volonté très politique.

Tout  d’abord, il peut sembler paradoxal ou incongru que ce soit dans le cadre du monde du travail qu’ait été prévu un rôle spécifique d’accès  aux loisirs dont la gestion est peu ou prou confiée à l’univers syndical via les CE. De notre point de vue, il n’y a pas là de paradoxe mais la réaffirmation historique de la réalité du salariat : le risque permanent de l’aliénation. Il est donc logique que le monde syndical dans son projet d’émancipation se soit saisi tant de sa dimension matérielle qu’intellectuelle.

1945 s’inscrit dans la continuité de 1936 si honni pendant l’occupation : accès aux congés payés, naissance et effervescence des projets culturels populaires. Il n’y aurait pas eu de TNP après-guerre s’il n’y avait eu de groupe Octobre avant-guerre. Il n’y aurait eu de Centre des Glénans ni d’UCPA sans les mouvements de Résistance dont ces structures sont issues.

La période de reconstruction et celle des Trente Glorieuses ont vu les comités d’entreprise jouer pleinement leur rôle, notamment dans l’accès aux vacances. Il ne suffisait pas de droits formels aux congés, encore fallait-il des structures capables de rendre financièrement accessibles le droit réel à se dépayser.

Tout ceci serait-il aujourd’hui dépassé par le progrès des conditions matérielles de l’ensemble des salariés ? Il est permis d’en douter.

L’accès aux loisirs, un combat qui se poursuit.

Citons un extrait des résultats d’une étude du cabinet Protourisme réalisée en 2014 :

« Deux millions et demi de Français ont renoncé à s’offrir des vacances ou des courts séjours payants l’an dernier et seuls 41% des Français sont partis, ce qui constitue une baisse de 4 points sur un an et le taux le plus bas depuis 15 ans »

Peut-on se satisfaire d’un chiffre structurel depuis des années de près de 50% des français seulement ayant accès aux vacances hors de leur lieu de résidence en « période normale », chiffre qui est retombé à 41% avec l’accentuation de la crise économique ?

Les mouvements associatifs de loisirs sportifs se trouvent pour la plupart en difficulté depuis une quinzaine d’années et ont dû ouvrir le champ des accédants et le niveau de leurs prestations pour survivre. Le mouvement des auberges de jeunesse n’a dû sa pérennité qu’au fait qu’il n’est plus…un mouvement de jeunesse.

Sur le plan culturel, l’accès aux média a considérablement progressé avec des taux d’équipement télévisés et internet de près de 97% en France. Il n’en est pas de même pour le hors domicile et l’accès au spectacle vivant. Nous ne rentrerons pas dans le débat entre pseudo bonne culture et culture dévalorisée. Derrière cette distinction se trame en filigrane le plus souvent une distinction pour ne pas dire un mépris de classe absolument détestable. Doit-on pour autant renoncer à faire découvrir de nouveaux horizons à ceux qui n’ont pas reçu l’héritage culturel qui constitue également une distinction de classe subie ? De notre point de vue, le mouvement syndical et donc les CE sont légitimes. Il n’y a rien de plus extraordinaire dans l’action syndicale, qu’à se battre pour d’autres, on apprenne à se construire soi-même. L’expérience de la génération des militants est à transmettre avec sa part d’émancipation intellectuelle. Le spectacle vivant en France ne tient économiquement que par le monde des Comités d’entreprise et dans la période où il connait des baisses de dotations publiques, cette part de ressources devient cruciale. L’époque est révolue également où les artistes venaient au-devant du monde du travail par conviction. Qui se souvient aujourd’hui, que par engagement politique, des musiciens classiques aussi prestigieux que Claudio Abbado, Maurizio Pollini et Giorgio Ligeti donnaient des concerts dans les usines italiennes au cours des années 60 et 70 ?

Soumettons au débat l’idée que le recul social que nous connaissons aujourd’hui  est autant dû aux forces du capitalisme qu’à l’affaiblissement d’une résistance idéologique individuelle et collective  que nous n’avons su transmettre par l’accès à la culture. Il n’est peut-être pas nécessaire d’en appeler à relire Gramsci, mais on ne peut qu’y puiser des ressources d’une actualité saisissante.

L’état de l’action des CE en matière d’ASC se heurte au réel

Les comités d’entreprise sont pris dans un mouvement contradictoire : plus de sujets, moins de militants et des droits qui ont tendance à se restreindre. Dans ce contexte, la gestion des activités sociales peut paraître très chronophage et non prioritaire par rapport à la défense des intérêts de salariés. C’est une réalité incontestable qui a conduit de plus en plus les comités à s’en remettre à des prestataires et à utiliser des portails internet, au demeurant pour résoudre également la question des entreprises multi sites. Nous sommes peut-être à un carrefour entre le dessaisissement possible et la réflexion sur une réappropriation.

Du concept initial d’action sociale, le rôle du CE  est également soumis au risque de devenir un distributeur de complément de revenu, que nombre de salariés considèrent comme un quasi dû. La demande ne devient plus réellement culturelle mais se rapproche d’une augmentation de pouvoir d’achat sans objet de finalité très défini. Cette orientation fait le bonheur des directions d’entreprises, qui voient là un substitut à des revenus ne progressant plus et de fait, un rôle du CE conçu comme pacificateur social.

Reprendre la main, changer de mode de fonctionnement, une réflexion à mener

La voie d’une réappropriation du rôle des ASC plus offensive pour ne pas dire plus subversive sera une voie ardue. Elle ne passe pas par la marchandisation mais peut être par la gestion plus fédérée de cette fonction. Plusieurs pistes peuvent être explorées :

·        Davantage de structures inter CE, surtout pour les CE de taille moyenne

·        L’implication directe des militants. I n’est écrit nulle part qu’il faille être élu pour participer aux actions du CE

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