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Des œuvres sociales aux Activités Sociales et Culturelles

Version résumée

Les activités sociales et culturelles, telles que nous les connaissons aujourd’hui sont le fruit d’un double héritage : le paternalisme et le militantisme.

Le paternalisme

Au tout début du 20ème siècle, le patronat des grandes entreprises, conscient des ravages physiques, et intellectuels, provoqués par l’exploitation intensive de la classe ouvrière, décide de constituer des structures caritatives autour de l’entreprise, lui permettant corrélativement de canaliser le mécontentement et autant que faire se peut, la contestation. Progressivement c’est l’ensemble de la vie sociale, éducative, sportive et culturelle, qui passe sous le contrôle patronal.

Ce faisant, le patronat se dédouane de ses responsabilités et fait d’une pierre trois coups :

  1. Il masque sa responsabilité sous cette philanthropie ostentatoire.
  2. Il sédentarise une main-d’œuvre désormais jugée trop mobile en regard des qualifications nouvelles exigées par les avancées technologiques du système de production.
  3. Il fait passer sous son contrôle la sphère du temps de non-travail et intensifie ainsi sa domination sur le plan idéologique.

Le paternalisme connaîtra son apogée entre les deux guerres. Son recul progressif sera lié pour l’essentiel à la prise en compte des questions sociales et culturelles par le monde syndical, qui se construira en résistance à cette mainmise

Le syndicalisme

La seconde source constitutive des Comités d’entreprise est le syndicalisme. Les premiers syndicats de métier vont très vite revendiquer la gestion des affaires qui les concernent, créant eux-mêmes leurs propres caisses de solidarité, leurs mutuelles, leurs clubs sportifs, proposant aux seins des Universités Populaires des cours d’économie politique, de philosophie, d’histoire, des ateliers d’arts-plastiques, de théâtre, des conférences avec des intellectuels, des écrivains, des lectures collectives.

De puissantes fédérations, notamment celle de la métallurgie, se doteront ainsi d’un solide patrimoine : aéro-club de Person-Beaumont, centre de loisir de Baillet en France, sanatorium de Vouzeron, polyclinique des bluets, coopérative d’achat et librairie. C’est en liaison étroite avec le mouvement syndical que seront créées les premières maisons de la culture.

La création des CE

C’est dans le contexte mouvementé de la fin de la guerre, en février 1945, que sont créés les comités d’entreprise. A la direction paternaliste des œuvres sociales par l’employeur est alors substituée une gestion indépendante de ces œuvres par le comité d’entreprise.

Deux temps marqueront cette naissance : l’ordonnance du 22 févier 1945 et la loi du 16avril 1946. Le premier texte sera vivement critiqué par la CGT considérant qu’il n’était pas à la hauteur de l’effort demandé à la classe ouvrière pour remettre sur pied une économie ravagée par la guerre.

En octobre 1945, la gauche gagna les élections et le nouveau ministre du Travail Ambroise Croizat, ancien secrétaire général de Fédération CGT des métaux, mettra tout son poids, et sa légitimité, dans la balance pour faire évoluer l’ordonnance de février1945.

La loi du 16 avril 1946 abaissera le seuil de 100 à 50 salariés pour constituer un CE. En matière économique, elle disposera que le Comité d’entreprise est obligatoirement consulté sur l’organisation, la gestion et la marche de l’entreprise et qu’il est obligatoirement informé des bénéfices et peut émettre des suggestions. En matière sociale, elle obligera les directions d’entreprise à rétrocéder au comité la gestion de toutes les « œuvres sociales» qu’elles avaient constituées. Pour Maurice Cohen : « le transfert simultané de la gestion d’un important patrimoine social des mains des détenteurs de la richesse économique à celles des représentants élus de leurs salariés, tel qu’il s’est produit en France (…), est sans doute unique au monde« .

Toutefois, le mode de financement ne sera jamais fixé et beaucoup de CE ne disposeront longtemps que du strict minimum.

Les premiers pas

Malgré l’enthousiasme et l’énergie des premiers élus, les débuts seront difficiles. Le patronat multipliera les obstacles et tentera de reprendre le contrôle des activités sociales. Citons pour exemple le cas de Michelin dont le transfert des œuvres sociales donna lieu, en 7 ans, à quinze décisions de justice.

Mais l’appropriation de la gestion des œuvres sociales sera également freinée par la suspicion de collaboration de classe qu’elle suscitait.

Le débat sera même parfois rude entre les militants et il faudra quelques années pour que les CE trouvent leurs marques, se dégagent d’un siècle de paternalisme et affirment leur propre singularité.

Trois grandes étapes

Quatre grandes étapes peuvent être distinguées dans la gestion des ASC par les comités d’entreprise. La première est liée à la nécessaire  reconstruction du pays au sortir de la guerre, la seconde marque l’affranchissement des CE qui deviennent des constructeurs en creusant leur propre sillon. La troisième est relative au développement de leurs actions et réalisations, accompagnant les mutations sociales, économiques, culturelles et technologiques, d’une société qui s’apprête à sortir des trente-glorieuses, pour entrer dans la crise. La quatrième peut être assimilée à un changement de paradigme de la conception des ASC.

1) La Reconstruction

Dès leur mise en place, les comités d’entreprise sont confrontés à la dure situation d’un pays tout juste sorti de la guerre et à la pénurie alimentaire. Dans ce contexte, les œuvres sociales et culturelles seront concentrées sur :

  • – le ravitaillement et la restauration collective, d’où l’appellation de « Comités patates » ;
  • – les colonies de vacances et les vacances ; les premiers villages vacances seront créés à cette époque ;
  • – les activités physiques et sportives

2) La Construction

Affranchi du paternalisme, et de l’effort de reconstruction du pays, qui ont bridé leurs premiers pas, les CE vont devenir des espaces de médiation culturelle. C’est à cette époque que l’on passe des œuvres sociales aux activités sociales et culturelles.

L’objectif clairement formulé était de « raccourcir la distance entre les ouvriers et la culture ». En ce sens, la musique et le théâtre se déplaceront vers les entreprises et de nombreuses bibliothèques seront créées par les comités d’entreprise.

Avec le recul, il est, aujourd’hui, possible d’affirmer que les CE ont été à l’initiative d’un véritable mouvement d’éducation populaire.

3) Le développement

Le début des années 60 inaugure une nouvelle phase dans l’histoire des CE. Après le temps de la « reconstruction », puis celui d’une « construction » autonome et singulière, qui vit le passage des « œuvres sociales » aux activités sociales et culturelles, les CE vont assoir, développer et diversifier leurs formes d’interventions.

Dans le domaine des vacances, l’obtention de la 3ème semaine de congés payés en 1956 (20 ans après le Front populaire) voit une extension de la demande de vacances que les CE accompagneront en élargissant leur offre touristique.

Ces années seront aussi caractérisées par de profondes mutations socio-économiques avec l’apparition de nouvelles pratiques sociales et des évolutions technologiques auxquelles les CE, une nouvelle fois, répondront rapidement : danse, expression corporelle, théâtre, chorale, photos-club, arts-plastiques, échecs.

4) Un changement de paradigme.

L’évolution socio-économique des 20 dernières années a eu des conséquences importantes (décrites dans le chapitre suivant) sur la conception et les modes de gestion des ASC. Cette évolution se caractérise notamment par :

  • – un éclatement des collectifs de travail résultant des réorganisations incessantes des entreprises ;
  • – un éloignement plus important et concernant de nombreux salariés de leur lieux de travail ;
  • – une diminution des effectifs des organisations de travail entraînant une diminution des ressources budgétaires des CE ;
  • – un individualisme croissant des ayants-droits des CE ;
  • – une absorption des élus par leur rôle économique du fait des réorganisations leur laissant moins de temps pour la gestion des ASC ;
  • – le développement d’une concurrence (sur les voyages par ex.) rendant les ASC proposées par les élus moins intéressantes.

Les activités sociales et culturelles des comités d’entreprise laissent, en conséquence, une place plus importante à la satisfaction des demandes individuelles ainsi qu’à une monétarisation accrue des prestations (notamment sous forme de chèques vacances, bons d’achat de toutes sortes) et à la sous-traitance de leurs activités à des services marchands.

 

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