Le think tank qui prend le parti
des comités d’entreprise.

Je souhaite être informé
des nouvelles du Cercle :
contact@cerclemc.org

Mot de passe oublié ?
Merci de renseigner votre adresse email.

Interview du secrétaire du comité d’établissement IDF de Manpower sur la politique ASC de ce comité

Comment la politique ASC est-elle définie par les élus du comité d'établissement ? Quels sont les critères de choix privilégiés ? Telles sont les questions posées dans cet interview.

 

Interview de F. Marbot

 

Secrétaire du comité d’établissement IDF de Manpower, sur la politique ASC choisie et mise en œuvre par les élus de ce comité

 

Quelques précisions préalables :

Le comité d’entreprise Manpower, aujourd’hui, c’est 6 comités d’établissement en région un CE au siège et un CCE.

Le montant du budget ASC du CE IDF est d’un peu plus de 940K€ dont 45% sont reversés au CCE. Il reste donc environ 520K€ au CE IDF pour fonctionner.

Il y a environ 11 000 ouvrants droits en Ile De France.

Tous les comités d’établissement de Manpower reversent 45% des budgets ASC et fonctionnement au CCE.

La convention signée il y a 3 ans, puis renouvelée jusqu’au 31 décembre 2016, est remise en cause du fait de la loi sur la transparence financière.

Du fait de cette dévolution au CCE, existe-t-il un partage d’action en matière d’ASC entre CCE et comités d’établissement ?

François Marbot : Lorsque je suis arrivé au CE, celui-ci ne faisait plus que de la billetterie. C’était quasiment 100% de son activité, alors que de son côté, le CCE en faisait aussi.

Concernant les chèques vacances par exemple, le CCE en proposait également, ce qui conduisait à dépasser le plafond d’exonération prévu par la réglementation et nous exposait à un redressement.

Nous avons ainsi récupéré 180 000 euros. Cela nous  a permis de redémarrer des activités comme le théâtre, des locations de salles de cinéma. On a ainsi pu « privatiser » des salles (le grand Rex par ex.).

Qu’avez-vous proposé comme film ?

François Marbot : On a vu Star Wars, le dernier Disney et la féérie des eaux, le Petit Prince. C’était plutôt réussi, on avait donc une salle Manpower.

On a fait cela aussi avec le théâtre. On a signé un partenariat avec le Petit et le Grand Point Virgule.

Les billets sont-ils gratuits ?

François Marbot : Non, c’est avec une participation. Le CE participe à hauteur de 50% de cette activité, en moyenne. Les salariés peuvent ainsi aller voir un spectacle pour 12 à 13 euro environ.

Cela concerne combien de personnes ?

François Marbot : Sur l’année on a touché 4400 personnes sur nos différentes activités. Il y a dedans les parcs d’attraction, les parcs zoologiques …

L’an dernier, on a essayé de faire une sortie opéra avec la fondation Pavarotti. Cela a permis à des gens de découvrir ce type de spectacle pour 20 euro au lieu de 60.

C’était à l’opéra de Paris ?

François Marbot : L’opéra Garnier.

On a proposé également le Lac des Cygnes.

On a trouvé un prestataire à qui on achète un nombre conséquent de billets pour assister à des spectacles. On paie moins cher en payant à l’avance, en compensation de la trésorerie que cela procure au prestataire.

Le Cirque du Soleil par exemple, c’était 80 euro la place, on l’a eu à 65 et avec notre participation, 2 personnes payaient  60 euros, au lieu de 160. On eu des intérimaires qui ont pu ainsi aller à un spectacle auquel ils n’auraient jamais assistés auparavant.

Autre exemple, une thalasso à Granville que nous avons pu proposer à des personnes qui n’aurait jamais pu s’offrir ce type d’activité.

L’idée c’est de permettre à de petits revenus (les intérimaires sont concernés) de profiter de spectacle ou d’activités à des prix raisonnables. On essaie de multiplier les activités pour le plus grand nombre à des prix raisonnables et attractifs.

Cette politique ASC, est-ce qu’elle est définie au niveau syndical ou est-ce qu’elle relève plus de la conception et de l’engagement personnels des militants lorsqu’ils sont élus ?

François Marbot : C’est effectivement une conception partagée par la section CFE-CGC de Manpower, même s’il y a une politique spécifique Ile De France car nous avons la chance d’avoir de nombreux spectacles sur Paris.

On privilégie les activités accessibles à des tarifs modérés, les intérimaires ayant pour bon nombre de petits revenus, mais on peut aussi de temps en temps viser une autre catégorie de salariés. Il faut aussi s’attacher à satisfaire tout le monde.

Pour prolonger la question, est-ce que l’on peut dire que si vous n’étiez pas là cela ne se ferait pas ?

François Marbot : C’est vrai qu’il y a un engagement personnel. J’ai voulu rompre avec l’activité billetterie mais cela s’est fait en accord avec l’ensemble des nouveaux élus. On s’est donné pour ligne directrice de travailler pour les plus petits revenus, car la majorité de nos ouvrants droits sont des intérimaires dont le revenu moyen est peu élevé.

Lorsque j’ai proposé cela, les élus des autres syndicats m’ont suivi. Par contre, il faut savoir que négocier des tarifs ou nouer des partenariats avec par exemple Le Point Virgule, cela prend du temps. Et j’espère que les prochains élus poursuivront cette démarche.

Sur les 4900 bénéficiaires de vos ASC, combien d’intérimaires et combien de permanents ?

François Marbot : Nous nous sommes mis d’accord pour respecter une règle des 80/20, 80% pour les intérimaires et 20% pour les permanents. Cette règle est respectée sur l’ensemble de l’année avec des disparités selon les activités.

Nous avons posé une condition d’ancienneté pour bénéficier de nos ASC, il faut avoir travaillé 3 mois sur les 12 derniers mois chez Manpower pour être bénéficiaire. Un intérimaire peut ainsi être ouvrant droit chez Manpower et chez Adecco ou autre.

Donc 4900 ouvrants droits, sachant que beaucoup d’intérimaires ne demandent jamais rien. La majorité de ceux qui demandent à bénéficier des ASC, ont 900 heures et plus. Ceux-ci se sentent plus « salariés Manpower ».

Il faut savoir par ailleurs que les grands groupes ont digitalisé leur relation avec les intérimaires pour avoir des contacts directs avec eux. En conséquence, ces derniers sont un peu coupés de leur ETT.

Pour faire connaître nos activités à un plus grand nombre, on a investi dans un nouveau site internet puis dans une appli mobile pour communiquer directement sur les portables de nos ouvrants droits.

Les différentes commissions ont un espace dédié sur le site et  (logement, formation, …) doivent maintenant publier du contenu sur leurs activités.

Pouvez-vous nous dire combien de personnes sont « passées » par Manpower  IDF pour générer presque 11 000 ouvrants droits ?

François Marbot : Pour 10 600 personnes (ETP), il faut faire travailler 35 à 40 000 personnes dans l’année.

On exclue donc un grand nombre de personnes du bénéfice des ASC, notamment les plus précaires ?

François Marbot : Oui et non. Il y a toujours la nécessité de rechercher un juste équilibre entre ceux qui travaillent beaucoup pour l’entreprise et ceux qui y passent rapidement.

Quand je suis devenu secrétaire du CE, il y avait des activités qui étaient ouvertes à partir de 6 mois d’ancienneté. Là, on excluait beaucoup de monde. Aujourd’hui le CCE de l’entreprise conditionne certaines activités des ASC à une ancienneté de 6 mois.

Le critère des 3 mois constitue donc, à mon avis, un bon équilibre. D’autant qu’il faut également prendre en compte les mois d’été, où de nombreux étudiants effectuent des missions et ne peuvent du fait de leur passage rapide dans l’entreprise devenir bénéficiaires.

En plus de la condition d’ancienneté, faut-il être présent dans l’entreprise au moment de l’activité ? Une condition plus difficile a priori à remplir pour les intérimaires ?

François Marbot : Il faut pour un intérimaire demander à bénéficier d’une ASC dans les 45 jours suivant la dernière mission. Pour un intérimaire travaillant en janvier et février, celui-ci peut ainsi faire sa demande en avril pour éventuellement en bénéficier en juin.

Est-ce que toutes les modifications apportées à la gestion des ASC depuis votre désignation comme secrétaire, ont été discutées et votées en CE ?

François Marbot : Oui, cela a été discuté en commission, adopté puis voté en réunion plénière.

Avez-vous un outil de suivi de la consommation des ASC par le personnel permanent et le personnel intérimaire ?

François Marbot : Oui, on suit mois après mois la consommation de chaque activité selon les deux types de personnel, ce qui nous permet d’adapter notre budget au fil de l’eau.

Il y a une règle que l’on s’est fixée, celle des 70/30 ou 80/20. A savoir que au minimum 70% des différentes ASC doivent bénéficier aux intérimaires.

En fin d’année cela se régule, avec des activités où on fait 20/80.

Aujourd’hui on arrive à ne pas faire de refus. Ainsi, les intérimaires sont plus consommateurs des chèques « rentrée scolaire ». Mais lorsque par ex. pour la Thalasso, les permanents ont consommé 30% de ce budget, et que les intérimaires n’ont pas atteint leur quota, on ne modifie pas le budget et on attend.

Est-ce que tous les comités d’établissement de Manpower ont la même politique que vous ?

François Marbot : Cela peut être plus contrasté, mais dans l’ensemble la règle des 70/30 ou des 80/20 se maintient.

Après, il y a des activités qui profitent plus aux uns ou aux autres, mais il n’y a aucun refus. Par exemple les bons cadeaux de noël, les permanents en profitent plus, mais les intérimaires sont peu nombreux (nettement en-dessous de 70 %) à les demander.

Qui négocie avec les prestataires ?

François Marbot : La commission ASC amène des projets, une fois qu’ils sont adoptés, on téléphone et on essaie de négocier, les intérimaires étant moins commerciaux que nous, on essaie de le faire ensemble.

Est-ce que vous essayer de privilégier les petites salles de cinéma et le cinéma d’art et d’essai ?

François Marbot : Pour cela, on a trouvé le chèque cinéma qui propose pas mal de petites salles de quartier.

Tout cela est très bien, mais est-ce qu’il est possible d’aller plus loin et de privilégier ce qui est plus culturel, d’être plus incitatif pour favoriser la diversité culturelle ou conduire à des ASC « plus compliquées » ?

François Marbot : Pour le théâtre par exemple, lorsqu’on met une option pour 20 places (alors qu’on a 11 000 ouvrants droits), on ne remplit pas 9 fois sur 10.

Un exemple la soirée Pavarotti à 20 euro (au lieu de 60) à Garnier. On avait pris une option à 40 places, on a confirmé pour 14 personnes.

Toutefois, avec Le Point Virgule, on commence à avoir des personnes qui retiennent des places, alors qu’au début personne ou presque n’était intéressée. Il faut donc insister. Il faut que les gens prennent l’habitude de sortir, ce qui n’est pas évident.

Ces difficultés résultent-elles d’une mauvaise communication du CE vers les salariés ?

François Marbot : Pour le « Petit prince », on avait réservé une salle pour 250 personnes. On a envoyé 7000 mails (avec l’aide de la direction d’IDF) et 700 messages par notre appli mobile. On a eu seulement 170 réservations alors que c’était financièrement accessible.

En revanche pour le match PSG-Chelsea, il y a eu plus de demandes que de places.

Mais en persévérant on arrive à faire sortir les gens. Pour le spectacle vivant, c’est important.

Mais les théâtres doivent aussi apprendre à travailler avec les CE. J’ai par exemple essayé de contacter en direct Mogador pour travailler avec eux et je n’y ai pas réussi ; je suis passé par un intermédiaire.

Est-ce que vous auriez une idée pour amener les gens vers des spectacles moins grand public ?

François Marbot : Difficile de trouver des personnes qui viennent à vous pour vous proposer ce type de spectacles. On ne peut pas passer sa vie sur Internet pour aller à leur recherche. Il faut aussi que le monde du spectacle s’organise pour venir nous faire la promotion de leurs spectacles.

Quels sont vos moyens de communication avec les salariés ? Comment cela se passe-t-il ?

François Marbot : Nous avons trois canaux : le site internet, il est libre d’accès et à partir de fin avril il sera possible de commander en ligne ; l’appli mobile, et l’affichage en agence. Les intérimaires peuvent ainsi venir prendre en agence leurs informations.

Avez-vous négocié avec l’entreprise le droit d’utiliser l’intranet pour communiquer sur les ASC ?

François Marbot : J’ai pu obtenir de la direction d’IDF de communiquer, pour des occasions précises, sur l’ensemble des mails des intérimaires ouvrants droits. L’information arrive à être diffusée.

A terme notre appli mobile sera le miroir du site. Les gens pourront avoir accès à toute l’information (y compris les procès-verbaux, par ex.) et seront prévenus par notifications.

Nous n’avons pas abordé la politique du livre. En avez-vous défini une ?

François Marbot : Notre problématique, c’est l’envoi des livres, car les intérimaires sont très dispersés. Nous n’avons pas un endroit où leur proposer de prendre des livres. Il faut donc leur envoyer, sachant que l’affranchissement représente un coût important.

C’est pour cela qu’on a choisi le chèque culture. Mais on ne maîtrise pas l’achat.

Existe-t-il une règle de répartition des ASC entre les comités d’établissement et le CCE ?

François Marbot : Il y a ce que fait le CCE, il s’occupe des vacances,  des campings, etc. Donc nous on ne fait pas (ou plus). Mais c’est seulement pour le CE IDF, les autres CE peuvent proposer les mêmes activités.

Quel intérêt ?

François Marbot : Cela dépend des régions. A Marseille par exemple, de nombreuses des croisières démarrant de la ville, le comité d’établissement peut en proposer.

Deux questions pour terminer, est-ce qu’on n’est pas plus efficace en mutualisant avec d’autres salariés et en privilégiant la proximité ? Est-ce qu’en définitive le périmètre des comités d’établissement n’est pas ou plus adapté pour ce qui est des ASC ?

François Marbot : Pour les petits CE, c’est certainement plus intéressant, notamment pour avoir une plus grosse force de frappe en matière d’achats. Mais après à quel niveau on doit situer la mutualisation ? Au niveau des branches ? Des bassins d’emplois ?

En dehors des branches, la difficulté serait de s’appuyer sur une force coordinatrice, sinon c’est la porte ouverte aux bisbilles de toutes sortes.

Mais sur un bassin d’emploi pourquoi pas, car les spécificités locales sont fortes.

En tout état de cause, il n’est pas possible d’appliquer une règle unique à tous les CE.

 

 

 

 

Laisser un commentaire